Faute inexcusable de l’employeur : comment obtenir l’indemnisation complémentaire

avocat toulon

La faute inexcusable de l’employeur est l’un des recours les plus puissants — et les plus méconnus — du salarié victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle. Reconnue par les tribunaux, elle ouvre droit à une indemnisation complémentaire majeure qui peut dépasser plusieurs centaines de milliers d’euros. Voici le guide complet par JLS Avocats à Toulon.

Qu’est-ce que la faute inexcusable de l’employeur ?

La faute inexcusable est définie par la jurisprudence comme un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité de résultat envers ses salariés. Plus précisément :

« L’employeur a manqué à son obligation de sécurité dès lors qu’il avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié, et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en préserver. »

Source : Cour de Cassation, chambre sociale, 28 février 2002 (Arrêt fondateur, suite à l’affaire amiante).

Conditions pour faire reconnaître la faute inexcusable

1. Un accident du travail ou maladie professionnelle reconnu

Le salarié doit d’abord avoir un AT/MP reconnu par la CPAM (Caisse Primaire d’Assurance Maladie). Cela suppose :

  • Déclaration de l’accident dans les 24 heures
  • Certificat médical initial mentionnant les lésions
  • Reconnaissance officielle par la CPAM (qui peut être contestée — voir nos services)

2. Conscience du danger

L’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger. Indices retenus par les tribunaux :

  • Documents internes (DUERP – Document Unique d’Évaluation des Risques)
  • Précédents accidents similaires dans l’entreprise
  • Plaintes ou alertes du CSE / délégués du personnel
  • Avis du médecin du travail
  • Normes professionnelles du secteur
  • Plaintes du salarié lui-même (mail, courrier)

3. Absence de mesures de protection

L’employeur n’a pas pris les mesures nécessaires : EPI manquant, formation absente, défaut de signalisation, machine défectueuse, surcharge de travail manifeste, etc.

Quels avantages procure la reconnaissance ?

1. Majoration de la rente AT/MP

La rente AT/MP versée par la Sécurité Sociale est majorée à hauteur du taux d’IPP (Incapacité Permanente Partielle) :

  • IPP de 10 % → rente majorée de 10 %
  • IPP de 50 % → rente majorée de 50 %
  • Cette majoration est versée à vie

2. Indemnisation complémentaire des préjudices personnels

C’est le poste MAJEUR. La reconnaissance de la faute inexcusable permet d’obtenir des indemnisations en plus de la rente CPAM, pour les postes suivants :

  • Souffrances endurées (cotation 1/7 à 7/7) : 1 200 € à 70 000 €
  • Préjudice fonctionnel permanent distinct de l’IPP : 10 000 € à 300 000 € selon gravité
  • Préjudice esthétique : 1 000 € à 150 000 €
  • Préjudice d’agrément : 5 000 € à 50 000 €
  • Préjudice sexuel : 5 000 € à 80 000 €
  • Préjudice d’établissement (impossibilité fonder famille) : 10 000 € à 100 000 €
  • Préjudices « Sicard » (extension jurisprudentielle 2010) : reconnaissance de postes Dintilhac classiques

3. Frais d’aménagement

Frais de logement adapté, véhicule adapté, assistance tierce personne — non couverts par la rente AT/MP — sont indemnisés en cas de faute inexcusable.

Cas où la faute inexcusable est généralement reconnue

Manquement aux règles de sécurité

  • Absence d’équipements de protection individuelle (EPI)
  • Travail en hauteur sans harnais
  • Machine non conforme aux normes
  • Défaut de signalisation des zones dangereuses

Défaut de formation

  • Salarié non formé à l’utilisation d’une machine
  • Absence de formation sécurité obligatoire
  • Affectation à un poste sans qualification adéquate

Surcharge de travail / risques psychosociaux

  • Burn-out reconnu comme maladie professionnelle après alerte du salarié
  • Suicide en lien avec le travail (accident du travail reconnu)
  • Harcèlement moral ou sexuel non traité par l’employeur

Exposition à des substances dangereuses

  • Amiante (jurisprudence abondante)
  • Produits chimiques toxiques sans EPI ni protocole
  • Rayonnements ionisants

Procédure : comment faire reconnaître la faute inexcusable ?

Étape 1 : Phase amiable (CPAM)

La victime adresse une demande de reconnaissance à la CPAM. Celle-ci tente une conciliation avec l’employeur. Cette phase est obligatoire avant toute saisine du tribunal.

Étape 2 : Phase contentieuse (Pôle Social)

En cas d’échec, saisine du Pôle Social du Tribunal Judiciaire. L’avocat plaide la faute inexcusable et chiffre les préjudices.

Étape 3 : Expertise médicale

Le tribunal ordonne une expertise médicale pour évaluer les préjudices distincts de l’IPP. C’est ici que l’assistance d’un médecin-conseil de victime est cruciale.

Étape 4 : Décision et indemnisation

Si la faute est reconnue, l’employeur est condamné aux majorations et indemnités. Sa compagnie d’assurance (souscrite obligatoirement) paie effectivement.

Délai pour agir

La prescription est de 2 ans à compter de :

  • La date de l’accident du travail
  • OU la date de consolidation médicale (si plus tardive)
  • OU la date où la victime a eu connaissance du lien entre la maladie et son activité professionnelle (cas amiante, RPS)

Pour le détail des autres délais, voir notre guide complet de prescription.

Cas concrets traités

Cas 1 : Chute sur chantier sans EPI

Ouvrier de 38 ans, chute d’échafaudage sans harnais. IPP 35 %. Faute inexcusable reconnue (DUERP absent). Indemnisation complémentaire : 180 000 € en plus de la rente majorée.

Cas 2 : Maladie professionnelle (tendinopathie chronique)

Employée de manutention 52 ans, tendinopathie chronique reconnue MP. IPP 22 %. Faute inexcusable retenue (alertes du médecin du travail ignorées). Indemnisation : 95 000 €.

Cas 3 : Burn-out grave

Cadre 45 ans, dépression sévère reconnue AT après plusieurs mails d’alerte ignorés. IPP 25 %. Faute inexcusable reconnue. Indemnisation : 110 000 € dont préjudice d’établissement (divorce induit) : 30 000 €.

Questions fréquentes

Est-ce que cela peut entraîner le licenciement ?

Non. La reconnaissance de la faute inexcusable est une procédure contre l’employeur, pas contre le salarié. Le licenciement à raison de cette procédure serait discriminatoire et nul (Article L.1132-1 du Code du Travail).

L’employeur peut-il refuser de payer ?

Non. L’employeur est légalement obligé d’avoir une assurance « responsabilité civile employeur » qui couvre ces indemnisations. C’est l’assurance qui paie effectivement, pas directement l’entreprise.

Que faire si l’employeur a fait faillite ?

L’AGS (Association pour la Gestion du régime de garantie des créances des Salariés) couvre les indemnisations. La procédure est plus longue mais aboutit.

Le CSE peut-il m’aider ?

Oui — le Comité Social et Économique a un rôle clé. Demandez l’ouverture d’une enquête après l’accident (procès-verbal qui servira de preuve devant le tribunal).

Combien coûte la procédure ?

Si l’aide juridictionnelle est possible (sous conditions de ressources), la procédure est gratuite. Sinon, honoraires de résultat possibles (un pourcentage sur l’indemnisation obtenue).

Faute inexcusable et accident de trajet ?

Les accidents de trajet domicile-travail relèvent du régime AT mais la faute inexcusable n’est généralement pas applicable à l’employeur (sauf si l’employeur a imposé un trajet particulier dangereux).

JLS Avocats : 30 ans d’expérience en AT/MP

Le cabinet JLS Avocats à Toulon et Antibes traite régulièrement des dossiers de faute inexcusable employeur, notamment dans les secteurs BTP, industrie, santé et services. Notre maîtrise du contentieux AT/MP garantit que tous les préjudices sont chiffrés et plaidés à leur juste valeur.

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